Centre 731, centre Japonais d’expérimentation de la guerre bacteriologique

17 03 2011

Dans le quartier de Pingfang, en banlieue d’Harbin, se trouvent les vestiges du centre Japonais numéro 731, camp d’expérimentation de la guerre bactériologique.

Entrée du centre 731

Ces bâtiments ont abrités durant l’occupation japonaise une section de l’armée d’occupation pudiquement appelée « unité de prévention des épidémies et de purification de l’eau », qui a été responsable de la mort dans d’affreuses tortures de plusieurs milliers de personnes. Dans les années 1930, le Japon poursuivait une politique expansionniste, mais le haut commandement nippon conscient du manque de ressources minières nécessaires à la production d’armes, lança des recherches à grande échelle sur les armes bactériologiques peu couteuses en ressources mais très destructrices.

Les Japonais fondèrent plusieurs centres d’expérimentation dont le plus important était le centre 731. Le but de cette unité ? Mener dans le plus grand secret des expérience (même les avions japonais avaient interdiction de survoler la zone sous peine d’être abattus), produire des bactéries a échelle industrielle, créer des armes pouvant assurer la diffusion des maladies, et en étudier les résultats sur des cobayes humains. Pour cela les Japonais ramassèrent dans un premier temps d’innocents civils au hasard des rues, puis organisèrent ensuite des transfert spéciaux d’opposants politiques ou de prisonniers de guerre, Chinois mais aussi Mongols ou encore Russes pour voir les résultats sur les différents types humains.

Vu du centre 731

Sur ces cobayes humains, les médecins militaires Japonais se livrèrent à des expériences plus terribles les unes que les autres : inoculation de bactéries suivies de vivisections, tests de résistance à la faim, à la soif et au froid avec des sujets préalablement affaiblis, essais de différents gaz toxiques, expérience des effets du vide sur le corps humain, test des effets des balles sur le corps humain à différentes distances, mises au point de bombes bactériologiques… La dernière expérience avait lieu en plein air, des prisonniers étaient attachés en rond et vêtus d’un uniforme protecteur, un avion larguait une bombe bactériologique et les soldats Japonais étudiaient les résultats de la contamination sur les cobayes à intervalles réguliers : 12 heures, 24 heures, 3 jours, 4 jours jusqu’à ce que mort s’ensuive…

Expérience de bombardement bactériologique

En tout près de 3 000 personnes vont périr à la suite de ces tortures. Et les Japonais mirent leurs expériences en pratique lors de différentes batailles en Chine : empoisonnement d’une rivière avec le bacille de la Typhoïde en 1939, largage de bombes remplies de mouches porteuses du virus de la peste, de la typhoïde, du Cholera et d’anthrax sur Hangzhou en 1940, sur Nanchang en 1941 et Jinhua en 1942 faisant de nombreuses victimes civiles et dévastant des régions entières pour de nombreuses années.

Le mémorial des victimes de l'unité 731

Le Japon s’il a reconnu l’existence de ces crimes a toujours réfuté sa responsabilité et l’indemnisation des victimes pose toujours problème. De même les principaux responsables du camps n’ont jamais été jugés ayant négociés leur impunité avec les vainqueurs américains contre tout les résultats de leurs expériences, un grand nombre ont tranquillement terminés leurs vie comme médecins cliniciens au Japon…

 

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Harbin Juif

6 03 2011

 

Comme nous en avons déjà parlé, les juifs Ashkénazes venant de Russie (à 90% le reste venant de Pologne et des Pays Baltes) ont profondément marqué l’histoire d’Harbin.

La grande synagogue d'Harbin, 1909. Aujourd'hui c'est un hotel, café, fast-food, creche...

L’histoire commence en 1898 lorsque la Russie obtient de la Chine des Qing en plein déclin, un bail de 25 sur la péninsule du Liaoning  ainsi que l’autorisation d’étendre le transsibérien à travers la Mandchourie jusqu’à Port Artur.

Un grand nombre d’ouvriers juifs arrivèrent attirés par de bons salaires et la possibilité de se lancer dans le commerce sans avoir à subir les différentes restrictions touchant leur communauté dans la Russie Tsariste. Déjà en 1903 la ville compte 500 habitant juifs, un rabbin et une communauté gérant une école et une synagogue.

La grande synagogue d'Harbin

La communauté juive va ensuite s’étoffer par vagues successives.

 

La guerre entre la Russie et le Japon va profiter à Harbin et à la communauté Juive : la ville devient la principale base arrière des armées Russes, et les marchants juifs fournirent les vivres, vêtements et équipements destinés aux soldats du Tzar. En plus de s’enrichir la communauté va aussi s’agrandir et se diversifier puisque, après la défaite un grand nombre de soldats juifs choisiront de rester sur place ainsi que tout le personnel juif de l’hôpital militaire (infirmières qui vont féminiser la population et médecins).

 

Ensuite, la ville va connaître un flot continuel de nouveaux arrivants fuyant les pogroms de 1905-1907. Durant cette période, la communauté se structure comme le prouve la création d’une bibliothèque (élément important dans la culture Ashkénaze). En 1913 les Juifs constituent la troisième communauté d’une ville véritablement cosmopolite : sur 80 000 habitants on compte 34 313 Russes,  23 000 Chinois, 23 000 Juifs, 5 000 polonais, 2 500 japonais, moins d’un milliers d’allemands, de tatars, de géorgiens, de ressortissants des pays baltes… En tout 53 nationalités différentes et 45 langues parlées selon le recensement conduit par la compagnie du chemin de fer.

A l'intérieur de l'ancienne école juive.

En 1912 s’installe une antenne du mouvement sioniste qui deviendra bientôt la seule de Russie après la révolution russe. En effet l’arrivée des bolcheviques au pouvoir et leur profonde méfiance vis a vis des juifs, entraine une nouvelle vague d’arrivants obligeant la communauté à ouvrir une soupe populaire et un hospice.

Mais la principale vague de migrants juifs n’arrivera que dans les années 1920 après la chute du gouvernement antibolchevique de Sibérie de l’Amiral Kolchak. Cette fois c’est une migration de notables, hommes d’affaires, professions libérales et artistes qui va renforcer la communauté.

 

Les années 1920 sont l’âge d’or des juifs d’Harbin : il existe deux synagogues, deux écoles, une bibliothèque, une banque juive, un journal « Siberia Palestine weekly »,  un hôpital, des institutions de charité.

Comparés aux Russes les Juifs semblent plus aisés : ils occupent les premières places dans l’industrie et le commerce. La vie culturelle est brillante.

Soulignons que la communauté juive a été très marquée par l’influence du mouvement sioniste à travers ses organisations féminines ou de jeunesse (Maccabes, Betar) dont les membres franchissent parfois le pas du retour vers la terre promise. Les années 1920-1930 sont aussi l’apogée de ce mouvement encourageant l’immigration en Palestine et soutenant la création d’un Etat juif (envoi de fonds, signature de pétitions).

 

En 1932, la Mandchourie passe sous contrôle japonais, ceux-ci édictent des règles strictes visant à chasser l’influence russe et à coloniser économiquement la région : toutes les entreprises doivent dorénavant compter un japonais comme actionnaire majoritaire.

Le premier contact avec les nouveaux occupants est assez rude, les soldats en garnison sur Harbin ne se gênent pas pour rançonner et piller : leur spécialité étant de faire enlever des riches personnes puis de demander une rançon. Devant cette situation troublée un grand nombre de juifs déménagent vers le sud en territoire chinois (Tianjin, Shanghai, Tsingdao).

 

Ceux qui restent s’organisent pour faire face aux nouveaux maitres qui vont radicalement changer de politique.

Les japonais n’étant pas véritablement  antisémites par idéologie (20  000 juifs dont un bon nombre d’allemands vont passer la guerre à Kobe et Shanghai sans être trop inquiétés) ils vont tenter de se baser sur la communauté juive pour développer la Mandchourie.

A la suite d’un article remarqué du fondateur de Nissan Ayukawa Gisuke « un plan pour attirer 5 000 juifs en Mandchourie » le pouvoir impérial envoyât à Harbin un colonel à l’esprit ouvert et acquis à l’idée de développer la Mandchourie avec l’aide des juifs. Une excellente entente régnait donc à la veille de la seconde guerre mondiale entre Japonais, allies des Nazis et Juifs d’Harbin…

Au point qu’en 1937, 1938 et 1939 furent organisées les  « conférences des juifs du grand est » en présence de représentants nippons durant lesquelles la communauté juive s’engageait a coopérer avec le Japon pour « instaurer un ordre nouveau en Asie » !!!

Durant toute la seconde guerre mondiale, hormis la fermeture des journaux sionistes sous les pressions répétés des Allemands auprès de leurs alliés Japonais, la communauté juive ne subit pas de persécutions particulières.

 

Les choses changèrent en 1945 lorsque l’armée Rouge libéra et occupa la ville (ce qui a laisse aujourd’hui encore un douloureux souvenir aux habitants du fait du comportement de la soldatesque soviétique).

Les russes arrêtent les leaders de la communauté juive et rapatrient de force, déportent et liquident  un grand nombre de Russes (anciens combattants des armées Blanches) dont un bon nombre de juifs. Les activités de la communauté deviennent illégales. L’exode vers Israël s’accélère.

 

En 1946, les Soviétiques rentent Harbin aux autorités chinoises de l’armée populaire de libération. L’exode vers Israël s’accélère.

Je n’ai pas beaucoup d’informations sur ce qui s’est passé une fois que la ville a été rendue aux chinois. Quelle a été la politique officielle du régime vis a vis de cette minorité étrangère avec une organisation interne forte et spécifique ? Quelle a été la position des chinois vis a vis de l’immigration vers Israël ?

Je n’ai pas trouvé de réponse pour le moment mais ce qui est sur c’est que la majorité des juifs émigrèrent en Israël  durant les années 1950-1960 même si un noyau subsista. La communauté continua à conduire des activités officielles (bibliothèque, synagogue) jusqu’en 1962. Et quelques juifs vécurent sur Harbin jusqu’à la fin des années 1980 comme en témoigne les tombes du cimetière juif de Huang Shan en banlieue.

 

Juste un mot de ce cimetière qui regroupe trois différentes sections : les juifs, les chinois et les orthodoxes.

L'entrée du carré juif, cimetière de huang shan

Je suis tombé sur la tombe d’un certain Olmert, et après vérification il s’agit du grand père d’Ehud Olmert, ancien premier ministre Israélien… Lors d’une visite officielle en 2004, il vint se recueillir sur la tombe de son grand-père et expliqua le parcours familial qui semble exemplaire : son père, leader du mouvement sioniste Betar, quitta Harbin en 1933 (un an après l’arrive des Japonais) pour Israël.  Sur son lit de mort, il aurait prononcé ses dernières paroles en…chinois !

La tombe du grand père d'Ehud Olmert

On apprend beaucoup de choses dans un cimetière : il semble y avoir eut un certain nombre de mariages mixtes être russes et Chinois après la seconde Guerre Mondiale (forcés?) et il resterait encore aujourd’hui un certain nombre d’habitants d’Harbin, ethniquement russes mais avec la nationalité chinoise, sans doute plus très jeunes je vous l’accorde.

Carré orthodoxe, couple mixte Chino-Russe

 





Nouvel An Chinois

6 02 2011

Comme vous le savez sans doute les chinois passent ce soir (2 février) de l’année du Tigre à celle du lapin. J’imagine qu’on vous en a fait la réclame en France à grands coups d’opérations commerciales offrant des nems en promotion… Pour info, en 8 mois de Chine je n’ai jamais mangé de ce plat pour la simple et bonne raison que c’est la spécialité vietnamienne. Bref passons…

By By le Tigre, bonne nouvelle je n’ai plus besoin de porter de sous vêtements rouges ! Vous dites que vous ne voyez pas le rapport ? Laissez moi vous expliquer : étant né en 1986, sous le signe du tigre, 2010 était mon année ce qui est pas vraiment de bon augure pour les Chinois. La coutume recommande fortement d’éviter tout bouleversement cette année là : changer de travail, voyager, rompre ses habitudes. Dans mon cas, un premier travail à des dizaines de milliers de kilomètres, ca se présentait mal ! Mais pas de panique !! Grace aux sous vêtements rouges vous conjurez le mauvais sort et vous faites fuir les mauvais esprits. Messieurs et Mesdames les lapins (1987) il ne vous reste plus qu’à filer dans votre lingerie préférée…

Devant un hôpital, une infirmière observe son feu d'artifice

Revenons au Nouvel An. Le vieux Tigre s’accroche, il ne veut pas partir comme ça, il faut donc le faire fuir, le chasser à grand bruit, coups de pétards en l’occurrence. Ce soir Harbin est sous un feu nourrit et les engins qui explosent ne sont pas comme ceux que l’on vend en France, les Mammouths de votre enfance sont de vulgaires claque-doigts à côte de l’artillerie que les chinois déploient pour l’occasion. Ce sont des vrais caisses de poudre qui sont en vente à chaque coin de rue, sous toutes les formes : serpentins, guirlande avec effet retardant ou pas, couplés avec des feux d’artifices…

Étalage de feux d'artifices, le vendeur fumait comme un pompier a cote de ses caisses de poudre.

Feu d'artifice amateur

Quelle pagaille en ville ! Ça ne s’arrête pas, les gens rivalisent, c’est à qui fera le plus de boucan, question de Face. C’est joli mais bien dangereux, en particulier les feux d’artifices, les mêmes que ceux du 14 Juillet mais tirés par des amateurs, entre deux buildings depuis des boites de plus ou moins bonne qualité qui parfois explosent ou se renversent transformant l’amusement en redoutables engins incendiaires provoquant blessés et incendies. Cette année sur Beijing on dénombre 2 morts et 225 blessés, dans la ville de Shenyang dans le nord de la Chine, l’hôtel Marriott a flambé…

Recyclage... Le gars sur son vélo pédalera toute la nuit pour récupérer les caisses usagées et revendre le papier...

Restes d'une pétardade

Autre grande occupation au Nouvel An, bruler de l’argent pour les morts ! Rassurez vous les chinois ne brulent pas de vrais billets. Pas fous, ils font flamber des fausses coupures, des lingots et pièces en papier et même des répliques de cartes de crédit, que l’on peut acheter à chaque coin de rue. Tout cela se passe le long de la route, là ; où circulent les Esprits et Fantômes des disparus. Il s’agit de leur procurer de l’argent pour l’aù-delà mais aussi d’apaiser leur colère, de les amadouer.

Une famille faisant bruler de l'argent pour ses morts, en plein milieu d'un carrefour...





Des nouvelles du nord

1 02 2011

Pardon de mon long silence ! Entre visite d’amis, séjour en France et changements professionnels j’ai un peu délaissé ce blog. Nouvelle année, nouveau job, me voilà maintenant en poste sur Harbin, petite ville de 10 millions d’habitants, capitale de la province du Heilongjiang dans le nord de la Chine.

HARBIN

Principale caractéristique de la ville, le froid sibérien qui y règne tout l’hiver : -20 degrés en moyenne transformant la ville en patinoire géante. Ici pas de scandale sur le manque de sel ou autre dégivrant, il y en a tout bonnement pas ! On s’adapte, les chauffeurs font montre d’une rare habileté pour conduire sur des chaussées givrées, roulant lentement et freinant bien à l’avance pour terminer en dérapage contrôlé sans heurter le véhicule de devant. Le gel offre de nouveaux paysages assez impressionnants : la rivière qui traverse la ville est totalement gelée autorisant la traversée à pied plus ou moins sec, quelques pécheurs creusent des trous dans la glace et posent des lignes de fond. Plus impressionnant encore, la rivière devient un carrière d’où l’on extrait des blogs de glace pour construire des monuments un peu partout dans la ville et surtout pour édifier la ville de glace; principale attraction d’Harbin en hiver. Des monuments de plus de 20 mètres de haut sont édifiés en glace avec un savant système d’éclairage multicolore et tout un tas d’attractions bien chinoises : jeunes filles qui dansent en chorégraphie sur une musique techno un peu trop rythmée…

Le fleuve traversant la ville

Toujours le fleuve.

Festival de glace

Temple de glace

Le fleuve, carriere de blocs pour construire la cite de glace

La ville est aussi connue pour son passé un peu particulier et surtout ses liens avec la Russie. Ce sont les Russes qui ont lancés l’édification de la ville sur un ancien village mandchoue (d’ailleurs Harbin veut dire en mandchoue : « le lieu ou l’on fait sécher les filets de pêche »). La première vague fut celle des Juifs fuyant les pogroms de l’ex-Russie. Evitant de se mélanger avec les autres populations le dernier représentant est mort en 1985. Autres grande vague, celle des russes blancs défaits par l’armée rouge qui se refugièrent à Harbin. Ce sont eux qui ont réellement construits la ville et il reste aujourd’hui encore de nombreuses traces de cette époque, la rue piétonne du centre ville, l’Eglise orthodoxe Sainte Sophia. La minorités russe à pas mal souffert durant l’invasion japonaise de la Mandchourie puis de la Chine communiste mais il reste encore une grande influence sur la ville et certains ont même obtenus la nationalité chinoise (les russes ont le statut de minorité nationale en Chine). Dernière grande migration, celle de chinois venus du Chandong, province surpeuplée au sud de Beijing attirés par de meilleurs salaires dans l’industrie.

Cathedrale Sainte Sophie

En effet, la ville est un très grand centre industriel grâce à la présence de Hafei, entreprise publique qui produit des avions, des hélicoptères ainsi que des voitures. Les usines (au sein desquelles je travaille) valent le coup d’œil : tous les employés même les cadres sont en uniformes et les bâtiments assez vieux avec d’immense cheminées crachant continuellement de la fumée font penser aux grandes heures de l’industrie lourde dans les pays communistes.