Weekend en Mandchourie et à la frontière Nord-Coréenne.

20 07 2010

Petit tour dans la Chine du nord ce Weekend, dans cette région connue en France sous le nom de Mandchourie (满洲), à l’histoire troublée. Berceau de la dynastie Qing qui régna sur la Chine jusqu’en 1911, ce territoire fut ensuite occupé un temps par la Russie Tsariste puis par les Japonais qui en firent, à partir de 1931, leur avant poste en vue de l’invasion de la Chine. Le Nord Est de la Chine est aujourd’hui divisé en plusieurs provinces et l’antique culture locale se meurt : la langue Mandchoue est aujourd’hui considérée comme éteinte.

Récit d’un petit voyage dans la région du Liaoning.

Dalian (大连).

Première étape du weekend, la ville de Dalian est située a 430 kilomètres de Beijing. A vol d’oiseau, car le train que j’ai pris a mis 11 heures pour y arriver. Et quel train! Petit point sur les chemins de fer en Chine: vous avez le choix entre plusieurs types de tarifs: (du plus cher au moins cher) les couchettes molles (soft), les couchettes dures, les sièges « soft » et les sièges (« hard ») durs qui sont des planches bois recouvertes d’un coussin… Bien sur, ayant réservé les places un peu tard, il ne nous restait que les « hard seat » inconfortables. Passe encore l’inconfort, le pire est le nombre de gens qui s’entassent dans ces wagons pour la simple raison qu’il est possible d’acheter des billets sans réservation en Chine et ce sans limite… Imaginez donc votre TER avec des gens entassés dans le couloir au point que vous ne pouvez plus circuler, des gens assis sur votre table, sur votre dossier, couchés sous votre siège; des gens partout jusque dans les toilettes ou vous devez déloger cinq ou six chinois si vous voulez assouvir un besoin pressant. Et, vers 3 ou 4 heures du matin, quand Morphée vient a bout des irréductibles, le wagon se transforme en dortoir géant ou chacun tente de se délasser ce qui fait que vous vous retrouvez avec une tête sur votre épaule, une autre sur votre cuisse… Dans ces conditions, avoir un siège est certes un privilège mais qui présente quelques inconvénients: premièrement vous ne pouvez supporter la planche de bois que 2 heures, après vous devez vous lever tellement votre fessier fait mal, ensuite, assis vous êtes juste à la hauteur des aisselles des gens debout dans le couloir ce qui n’est pas sans charme vu l’absence de climatisation… Le tout pendant 11 heures…

Il règne pourtant une bonne ambiance dans ces wagons: les gens discutent, échangent des cigarettes, de la nourriture, jouent aux cartes et surtout se montrent d’une patience infinie…A noter que malgré l’encombrement, le wagon est dote d’un service de vente ambulant! Comment fait-il pour passer? A la chinoise: il beugle « poussez-vous » et n’hésites pas a pousser le lambins ou autres récalcitrants.

Vers 5 heures du matin, nous arrivons enfin à Dalian, ville de 6 millions d’habitants en plein développement. C’est à la fois un port important, une station balnéaire pour les cadres du Parti Communiste Chinois mais aussi pour Japonais et surtout pour Russes. Héritage historique, ce sont les Russes qui ont pris les premiers le contrôle de la région qui constituait pour eux un débouché vers les mers du sud et l’ont longtemps disputé aux Japonais. L’exemple le plus connu est la ville de Port Arthur (aujourd’hui Lushun) située à quelques kilomètres de Dalian tour à tour sous contrôle Japonais, Russe, de nouveau Japonais, soviétique et devenu aujourd’hui un port stratégique de la marine militaire Chinoise et, à ce titre interdit aux étrangers. Dalian garde donc un certain nombre de traces de ce passé tourmenté: un quartier Russe devenu le haut lieu de la vente de faux produits soviétiques et de poupées russes, des immeubles de style occidental un peu partout dans la ville et un quartier japonais en rénovation avec des maisons flambant neuves mais inhabitées…

A part les quelques vestiges architecturaux de l’époque coloniale, les plages (ou je me suis tout de même baigné..), un tramway qui ressemble un peu a celui de San Francisco, des buildings flambant neuf et des quartiers avec des maisons de style côte américaine flambant neuves mais elles aussi inhabitées, la ville n’a pas trop de saveur.

Nous avons donc pris un bus vers Dandong ville à la frontière avec la Corée du Nord et située à 4 heures de route de Dalian.

Dandong (丹东) et la Corée du Nord.

La ville de Dandong compte 800 000 habitants avec une forte présence de Coréens: tout les panneaux, les enseignes sont rédigées en Chinois et en Coréen. Il faut dire que la ville n’est séparée de la Corée du Nord que par le fleuve Yalu. Le pont qui relie les deux rives est le cordon ombilical par lequel la Chine maintient son petit frère communiste sous perfusion. Toute la journée, un incessant ballet de camions et de trains transportant matières premières, nourriture et autres denrées indispensables à la survie de la dictature des Kim traversent la frontière. Le gâteau est juteux pour la Chine (2,5 milliards de $) et les habitants de Dandong en ramassent quelques miettes : la contrebande est florissant dans cette ville à l’ambiance un peu louche. Cela ne va pas sans risque puisque les soldats Nord-Coréens n’hésitent pas à ouvrir le feu, ainsi le mois dernier trois chinois se sont fait descendre.

Le pont enjambant le Yalu.

La ville de Dandong est donc étroitement liée a la Corée du Nord: on y trouve le mémorial de la guerre de Corée (traduit en chinois politiquement correct « mémorial de l’agression américaine et de l’aide à la Corée »). Ce musée, bien que passionnant est un morceau de propagande communiste: les chinois sont venu aider les Coréens menacés par l’impérialisme US; ils ont œuvrés à rétablir la paix. Le plus scandaleux sont les assertions concernant les prisonniers de guerre bien traités dans les camps chinois…

En un mot; ce musée est de la pure propagande communiste avec tout son décorum. La salle des héros en est l’exemple le plus frappant: sur les murs on retrouve les portraits de tout les soldats qui se sont distingués d’une manière ou d’une autre classés en différentes catégories depuis les héros hors classe jusqu’aux héros de troisième classe. Les plus méritants ont le droit à leur buste, avec au centre le fils du Leader, le propre rejeton de Mao qui lui; a le droit à un buste en albâtre pour s’être juste donné la peine de mourir de maladie sur le sol de Corée.

Je voulais aller voir la Corée de plus près. Le mieux pour cela est de suivre la Grande Muraille dont une partie méconnue (et donc encore sauvegardée des flots de touristes) serpente le long de la frontière.

La Grande Muraille à la Montagne du Tigre le long de la frontière.

Depuis le haut il est possible, moyennant finance de louer des jumelles pour observer le royaume ermite. J’ai donc pu observer les gardes frontière qui, sans arme,  n’ont pas l’air bien efficace, des avions militaires en alerte, des soldats à l’entrainement… Garde frontière Nord-Corèen.

Soldqts Nord-Coréens à l'entrainement.La Corée offre des paysages magnifiques encore préservés de l’urbanisation et de l’industrialisation. Le contraste est saisissant entre la rive Chinoise et l’autre rive. C’est particulièrement frappant la nuit quand la Corée est plongée dans le noir le plus complet à tel point qu’il est impossible de distinguer la rive pourtant située a moins de 150 mètres.

A droite la Chine, à gauche la Corée.

L’attitude des chinois face à leur turbulent voisin est parfois croustillante: j’ai entendu une Guide affirmer que tout allait pour le mieux, que les chinois pouvaient sans problème aller se promener en Corée, que les gardes étaient sympa, que l’on pouvait discuter avec eux et même « leur donner a manger » (sic).

Une simple barrière sépare les deux pays, il faut dire que les candidats Coréens à l’immigration en Chine savent que s’ils passent à l’acte et qu’ils se font appréhender par les Chinois c’est le retour à la case départ et que l’accueil réservé à ceux qui ont tenté de fuir « le paradis communiste » est plutôt glacial et quand à ceux qui réussissent, la famille est tenue pour responsable…

Outre la Corée, j’ai fait une autre grande découverte a Dandong: j’y ai mangé mon premier plat (une soupe en l’occurrence) à base de viande de chien.  Pas mauvais, un petit goût d’agneau…

Terminons notre balade en Mandchourie par quelques photos du pays du matin calme.

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4 responses

22 07 2010
Graire

Tu es au coeur de l’actualité, car Dalian c’est le port où ont lieu les fuites de pétrole !

25 07 2010
26 07 2010
wangzhimin

Whouah !
magnifique !
Quelle verdure et quel ciel bleu !
Ca change de Yiwu… 🙂

26 07 2010
Rémi

Magnifique !
Et le chien… 🙂
C’était ton premier week-end hors Pékin ?
A très vite

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