Permis de conduire

23 04 2011

Me voilà enfin en possession du permis de conduire chinois. Le permis français n’étant pas reconnu, on ne peut pas l’échanger contre son équivalent chinois sans passer par la case examen…

Petit récit d’une longue procédure à travers l’administration chinoise.

Le voyage commence par une traduction officielle du permis de conduire français et du passeport. Simple non ? Sauf que sur Harbin, trouver quelqu’un qui parle français  n’est pas chose aisée ! Après maintes palabres j’obtiens de faire la traduction du Français à l’Anglais puis la traductrice passera enfin en Chinois. Trois coups de tampons avec l’Etoile Rouge et 250 yuans et me voilà muni d’une parfaite traduction officielle à moitié effectuée par mes soins dans laquelle j’aurais pu tricher. C’est  d’ailleurs la combine : faire traduire la petite voiturette à trois roues de votre permis français (B1 sur votre feuillet rose) en side-car ce qui vous donne ensuite l’équivalent du permis chinois voiture et moto. Je ne l’ai pas fait, trouvant la ficelle un peu grosse et désireux d’éviter les embêtements ultérieurs.

Etape suivant, le certificat de résidence. La procédure obligatoire pour tous les étrangers consiste en l’enregistrement auprès de la police locale. C’est automatique dans la plupart des hôtels (même si certains refusent aujourd’hui encore les étrangers n’ayant pas l’autorisation officielle de les accueillir), mais il faut le faire en personne si, comme dans mon cas, vous louez un appartement. Rendez-vous est pris pour le samedi 14 heures, en présence du propriétaire, de moi-même et d’un employé de ma boite qui sera mon garant. Le jour dit le policier n’est pas là… Trop occupé pour se déplacer selon lui, où plus simplement désireux de montrer son autorité et son importance. Le rendez-vous est reporté au lendemain.

L’intéressant dans cette affaire c’est que j’ai pu observer le logiciel que la police chinois utilisé pour contrôler la population : toutes les maisons de la ville sont répertoriées avec un plan cadastral de tous les appartements. Le gardien de l’ordre n’a plus qu’à rentrer les informations sur le locataire : sa nationalité, son âge, son sexe mais plus drôle la couleur de ses yeux, son poids, son groupe sanguin et s’il est ou non porteur de maladie sexuellement transmissible… Les différents systèmes ne semblent pas être reliés entre les différentes villes : s’il a trouvé mon enregistrement précédent datant de mon séjours à l’hôtel, il n’a pas trouvé celle de mon appartement à Beijing ni celles de mes multiples voyages… J’imagine que le système, partant d’une idée logique (à défaut de pouvoir la qualifier de bonne) doit être en fait un sacre bordel, comme beaucoup de choses en Chine limitant ainsi sa portée et ratant son but initial.

Une nouvelle Etoile Rouge plus tard et me voilà munis de tous les documents.

Je m’en vais donc au commissariat en charge de la police de la route, un policier pas aimable pour un sou observe tous les documents et me les rends : ce n’est pas correct, il manque mon nom chinois sur les documents traduits… Retour a la traduction, nouveaux coups de tampons et retour au commissariat.

Cette fois c’est bon, tous les papiers sont en règle, étape suivant la « visite médicale » : prise d’une photo, une jeune fille en blouse blanche (sans doute pour mettre un peu les formes) me jette un regard, me demande mon poids et donne 8 coups de tampons sur ça fiche…  Vision parfaite, coordination excellente, vitesse de réaction optimale, drôlement fort ces toubibs pour savoir tout ca sans même vous ausculter pour la forme. Après la visite médicale, retour au premier guichet pour une nouvelle vérification de tous les documents, puis envoi vers le guichet pour le payement (100 yuans), retour au premier guichet qui m’oriente vers le bureau des examens (à l’autre bout du bâtiment), on me prend une nouvelle fois en photo puis encore une fois retour au premier guichet (c’est un peu la maison qui rend fou dans les 12 travaux d’Astérix) pour une date d’examen théorique.

Cet examen obligatoire porte sur le code de la route chinois, le seul détail, c’est qu’il n’est disponible qu’en VO chinoise sur Harbin contrairement aux autres grandes villes du pays qui se sont dotées d’une version anglaise. C’est aussi le grand avantage : les étrangers sont autorisés à prendre un traducteur qui basiquement fera le test à votre place.

Ce genre de personnes pullulent à l’entrée du commissariat vous proposant de vous obtenir plus rapidement le permis contre une somme d’argent : comptez 3000 Yuans pour le permis complet, 1500 pour l’examen… Le tout au vu et au su de tout le monde…

Un gars dans l’entreprise avait obtenu le permis la semaine précédente il me proposa donc d’être mon traducteur. Le jour dit nous nous présentons pour l’examen : une grande salle pleine d’écrans d’ordinateurs avec un boitier où taper les réponses. 100 questions, 30 avec “vrai ou faux”, le reste avec 4 choix, pour réussir, il faut obtenir 90/100 au minimum. Nous rentrons dans la salle, je m’installe au poste et le policier préposé à la surveillance vient voir mon traducteur et lui donne la consigne de me traduire les questions mais interdiction de me donner directement les réponses ! Ok répond mon aide et enchaine directement « première question, réponse A ». Je n’en mène pas large peu habitué que je suis à tricher et puis, trois personnes surveillent la salle où planchent une petite trentaine d’étudiants : ils se promènent dans les rangs mais cela ne dérange pas trop mon « traducteur » qui continue de me donner régulièrement les réponse « A », « B », « A », « D » même quand le policier est juste derrière nous… Les questions défilent lentement je compte le nombre restant priant pour que le processus s’accélère… 30 longues minutes s’écoulent et nous arrivons au bout du test. Soulagement, nous allons enfin pouvoir partir. « Allons révisons un coup » me dit mon aide. Pétard nous voilà repartit à coup de « ok » dans le sens inverse et toujours ces fichus policiers qui tournent autour de nous. Après 40 minutes de stress nous validons les réponses et le résultat tombe : 96 points. Me voilà titulaire du permis chinois, 3 jours d’attente, un dernier retour au poste de police pour récupérer le papier ; fin du processus.

Un permis de conduire chinois, non ce n'est pas le mien (vu qu'il y a mon adresse, numero de passeport... je ne vais pas le mettre sur Internet).

Prochaine étape, location d’une voiture et apprendre à conduire dans l’anarchie générale (du moins en ville) ou tout le monde tente de se frayer un passage en slalomant entre les lignes, tournant sans clignotants, grillant allègrement les feux rouges quand il n’y a pas de camera… Mais en tout cas je pourrai plus facilement sortir des sentiers battus lors des voyages et sortir de la ville pour les weekends !





Ningxia

11 04 2011

Le Ningxia, une des plus petite région de Chine, se trouve au centre du pays, enclavé entre la Mongolie Intérieure au nord, le Shaanxi à l’est et le Gansu au Sud-Ouest, elle abrite une forte minorité de Hui.

Un Hui reconaissable a sa barbiche et sa calotte bleue ou lanche

Les Hui forment une des 56 minorités nationales de Chine, mais ce qui les distingue des Han n’est ni la culture, ni la langue mais juste la religion qu’ils pratiquent : l’Islam. Ce sont en fait les lointains descendant des marchants arabes et persans de la route de la soie : certains ce sont établis le long du parcours, ont épousé des chinoises et ont fait souche. Le Ningxia a été crée par Mao dans le dessin de regrouper tous les musulmans sinophones dans un même lieu, malgré d’importants déplacement de populations, les Hui ne forment que 30% de la population de la province et compte un grand nombre de représentants dans toutes les autres provinces.

Le fleuve jaune qui irrigue le nord du Ningxia

Le Ningxia se divise en deux parties : le nord, bassin du fleuve jaune, relativement riche avec les villes de Yinchuan et Zhongwei et le sud, pauvre, à majorité Hui avec la ville de Guyuan.

Désertification... Le desert du Tenger a l'ouest de Zhongwei

Principal problème de la région : la sécheresse et la désertification qui va avec. Changement climatique mais aussi activités humaines sont responsables : la période du grand bond en avant est principalement montrée du doigt. Dans un délire productiviste, le régime maoïste avait fait de l’industrialisation et de la production d’acier sa priorité. Tous les villages reçurent des objectifs qu’il fallait remplir, on abandonna les travaux agricole et on créa des fonderies artisanales dans les cours des fermes mais il fallait du combustible et pour cela on coupa les arbres qui bordaient les champs, retenait le sol, attiraient la pluie et empêchaient l’avancée du désert… Les habitants d’aujourd’hui, malgré les campagnes de reboisement, en payent encore les conséquences.

La région possède un riche héritage historique, peu visité par les touristes entre vestiges de la route de la soie (les grottes bouddhiste de Xumi Shan), les vestiges de la dynastie des Xia de l’ouest et même des gravures sur roche de l’age préhistorique.

Les grottes boudistes de Xumi shan

Très vite un petite visite de différents sites.





Harbin, pêche au filet

27 03 2011

J’ai eu la chance ce matin de tomber sur un groupe de pécheurs tendant leurs filets sous la glaces qui recouvre encore la Songhua, rivière qui coule à Harbin.

L'attraction du weekend.

Pas facile de poser un filet sous 40 centimètres de glace…Pourtant la technique est au point: creusez deux trous espacés de la longueur de votre filet, faites passe vos rets dans le premier trou, le bas étant lesté par des plombs et le haut entrainé vers le haut via des flotteurs. Vous avez auparavant attaché une extrémité du filet à un fil que vous avez fait ressortir via le second trou à l’aide d’une longue perche, tirez sur le fil afin que le filet se déplie correctement dans l’eau, accrochez les deux extrémités à de bonnes briques et laissez le tout en plan. Le lendemain vous pouvez relever le filet, après avoir cassé la glace qui s’est reformée pendant la nuit…

Pose des filets

 

Pas très fatiguant n’est-ce pas?  Il existe encore mieux! Lorsque la rivière gèle, la glace n’est pas uniforme et il arrive que des poches d’eau se forment avec des poissons qui s’y retrouvent coincés. Très vite l’oxygène leur vient à manquer… Il ne vous restes plus qu’à vous promener sur la glace, repérer de telles poches ( la couleur de la glace est différente, plus blanche, un peu laiteuse), creusez un trou puis allumez une cigarette et ouvrez une bière, les poisson vont d’eux même sauter hors de l’eau a la recherche d’oxygène.

Le produit de la pêche





Pékin, le quartier des légations

24 03 2011

Petit voyage aujourd’hui à la découverte du Beijing de l’époque coloniale via le quartier des légations.

Eglise Saint Michel

Situé à l’est de la place Tiananmen le long de la rue Dongjiaomin il fut le siège avant 1959 des représentations diplomatiques. Sous l’empire le quartier abritait l’administration des Rites qui était aussi en charge des questions diplomatiques. Très vite les Etats sous domination chinoise y installèrent des représentants (actuel Vietnam, Birmanie, Mongolie ou encore royaume de Corée).

En 1727, la Russie y établit son ambassade. Les européens arrivèrent à leur tour en 1860, comme convenu dans le traité mettant fin à la seconde guerre de l’opium.

La poste Française

Le quartier va radicalement changer après 1900 et la révolte des Boxeurs. Ce mouvement nait dans les classes populaires et pauvres (ouvrier agricoles puis petit peuple des villes), opposées à l’influence des étrangers ainsi qu’à la dynastie des Qing jugée trop faible suite à la défaite contre le Japon en 1895 et perte d’une grande partie de la Mandchourie. Ce mouvement désordonné à ses débuts commença par assassiner des missionnaires Chrétiens et les Chinois convertis. Il fut ensuite instrumenté par la cour de l’impératrice Cixi qui y voyait une opportunité de se défaire de l’influence occidentale.

En 1900 les troupes boxeurs sont aux portes de Beijing et assiègent le quartier des légations. Le siège durera 55 jours et fut terrible : les boxeurs fanatisés torturèrent et assassinèrent plus de 30 000 chinois convertis au Christianisme et un grand nombre de missionnaires, fichèrent les têtes sur les portes de la ville ou en firent des montagnes. Dans la chaleur étouffante de l’été pékinois, l’horreur est totale.

En Europe, de fausses nouvelles circulent : les habitants du quartier des légations auraient été massacrés jusqu’au dernier dans des conditions atroces, l’opinion publique s’émeut et très vite une expédition punitive est organisée par la coalition de 8 pays (France, Allemagne, Angleterre, Japon, Etats-Unis, Italie, Russie et Autriche-Hongrie). Les troupes de la coalition entrent dans Beijing le 14 Aout levèrent le siège et se livrèrent à leur tour à d’horribles exactions, violèrent, pillèrent et massacrèrent les boxeurs ou supposés rebelles par milliers avec l’aide des troupes chinois régulières qui avaient entre temps retournée leur veste.

Ce triste épisode aura de grandes conséquences : il finira de discréditer la dynastie des Qing qui sera renversée 10 ans plus tard. Suite à cet épisode, les occidentaux expulsèrent tous les chinois du quartier et organisèrent une ville dans la ville : protégée par des murailles gardées par des troupes étrangères dont des Français. Et quand on est soldat en faction sur une muraille on s’embête et on grave sur les murs…

Petit Paul...

Le quartier est rendu à la Chine en 1949, mais les ambassades vont rester un certain temps avant de déménager dans le quartier de Sanlitun en 1959.

Le quartier devient alors le sièges d‘administrations chinoises et souffrira du vandalisme des gardes rouges lors de la révolution Culturelle. La réorganisation de la ville dans les années 1980 défigurera encore un peu plus le coin comme le prouve la construction de la cour suprême, immense bâtiment stalinien à la place de l’ancienne ambassade Française.

Néanmoins il reste aujourd’hui une petite atmosphère d’Europe dans ce quartier spécial mais bien méconnu.





Centre 731, centre Japonais d’expérimentation de la guerre bacteriologique

17 03 2011

Dans le quartier de Pingfang, en banlieue d’Harbin, se trouvent les vestiges du centre Japonais numéro 731, camp d’expérimentation de la guerre bactériologique.

Entrée du centre 731

Ces bâtiments ont abrités durant l’occupation japonaise une section de l’armée d’occupation pudiquement appelée « unité de prévention des épidémies et de purification de l’eau », qui a été responsable de la mort dans d’affreuses tortures de plusieurs milliers de personnes. Dans les années 1930, le Japon poursuivait une politique expansionniste, mais le haut commandement nippon conscient du manque de ressources minières nécessaires à la production d’armes, lança des recherches à grande échelle sur les armes bactériologiques peu couteuses en ressources mais très destructrices.

Les Japonais fondèrent plusieurs centres d’expérimentation dont le plus important était le centre 731. Le but de cette unité ? Mener dans le plus grand secret des expérience (même les avions japonais avaient interdiction de survoler la zone sous peine d’être abattus), produire des bactéries a échelle industrielle, créer des armes pouvant assurer la diffusion des maladies, et en étudier les résultats sur des cobayes humains. Pour cela les Japonais ramassèrent dans un premier temps d’innocents civils au hasard des rues, puis organisèrent ensuite des transfert spéciaux d’opposants politiques ou de prisonniers de guerre, Chinois mais aussi Mongols ou encore Russes pour voir les résultats sur les différents types humains.

Vu du centre 731

Sur ces cobayes humains, les médecins militaires Japonais se livrèrent à des expériences plus terribles les unes que les autres : inoculation de bactéries suivies de vivisections, tests de résistance à la faim, à la soif et au froid avec des sujets préalablement affaiblis, essais de différents gaz toxiques, expérience des effets du vide sur le corps humain, test des effets des balles sur le corps humain à différentes distances, mises au point de bombes bactériologiques… La dernière expérience avait lieu en plein air, des prisonniers étaient attachés en rond et vêtus d’un uniforme protecteur, un avion larguait une bombe bactériologique et les soldats Japonais étudiaient les résultats de la contamination sur les cobayes à intervalles réguliers : 12 heures, 24 heures, 3 jours, 4 jours jusqu’à ce que mort s’ensuive…

Expérience de bombardement bactériologique

En tout près de 3 000 personnes vont périr à la suite de ces tortures. Et les Japonais mirent leurs expériences en pratique lors de différentes batailles en Chine : empoisonnement d’une rivière avec le bacille de la Typhoïde en 1939, largage de bombes remplies de mouches porteuses du virus de la peste, de la typhoïde, du Cholera et d’anthrax sur Hangzhou en 1940, sur Nanchang en 1941 et Jinhua en 1942 faisant de nombreuses victimes civiles et dévastant des régions entières pour de nombreuses années.

Le mémorial des victimes de l'unité 731

Le Japon s’il a reconnu l’existence de ces crimes a toujours réfuté sa responsabilité et l’indemnisation des victimes pose toujours problème. De même les principaux responsables du camps n’ont jamais été jugés ayant négociés leur impunité avec les vainqueurs américains contre tout les résultats de leurs expériences, un grand nombre ont tranquillement terminés leurs vie comme médecins cliniciens au Japon…

 





Harbin Juif

6 03 2011

 

Comme nous en avons déjà parlé, les juifs Ashkénazes venant de Russie (à 90% le reste venant de Pologne et des Pays Baltes) ont profondément marqué l’histoire d’Harbin.

La grande synagogue d'Harbin, 1909. Aujourd'hui c'est un hotel, café, fast-food, creche...

L’histoire commence en 1898 lorsque la Russie obtient de la Chine des Qing en plein déclin, un bail de 25 sur la péninsule du Liaoning  ainsi que l’autorisation d’étendre le transsibérien à travers la Mandchourie jusqu’à Port Artur.

Un grand nombre d’ouvriers juifs arrivèrent attirés par de bons salaires et la possibilité de se lancer dans le commerce sans avoir à subir les différentes restrictions touchant leur communauté dans la Russie Tsariste. Déjà en 1903 la ville compte 500 habitant juifs, un rabbin et une communauté gérant une école et une synagogue.

La grande synagogue d'Harbin

La communauté juive va ensuite s’étoffer par vagues successives.

 

La guerre entre la Russie et le Japon va profiter à Harbin et à la communauté Juive : la ville devient la principale base arrière des armées Russes, et les marchants juifs fournirent les vivres, vêtements et équipements destinés aux soldats du Tzar. En plus de s’enrichir la communauté va aussi s’agrandir et se diversifier puisque, après la défaite un grand nombre de soldats juifs choisiront de rester sur place ainsi que tout le personnel juif de l’hôpital militaire (infirmières qui vont féminiser la population et médecins).

 

Ensuite, la ville va connaître un flot continuel de nouveaux arrivants fuyant les pogroms de 1905-1907. Durant cette période, la communauté se structure comme le prouve la création d’une bibliothèque (élément important dans la culture Ashkénaze). En 1913 les Juifs constituent la troisième communauté d’une ville véritablement cosmopolite : sur 80 000 habitants on compte 34 313 Russes,  23 000 Chinois, 23 000 Juifs, 5 000 polonais, 2 500 japonais, moins d’un milliers d’allemands, de tatars, de géorgiens, de ressortissants des pays baltes… En tout 53 nationalités différentes et 45 langues parlées selon le recensement conduit par la compagnie du chemin de fer.

A l'intérieur de l'ancienne école juive.

En 1912 s’installe une antenne du mouvement sioniste qui deviendra bientôt la seule de Russie après la révolution russe. En effet l’arrivée des bolcheviques au pouvoir et leur profonde méfiance vis a vis des juifs, entraine une nouvelle vague d’arrivants obligeant la communauté à ouvrir une soupe populaire et un hospice.

Mais la principale vague de migrants juifs n’arrivera que dans les années 1920 après la chute du gouvernement antibolchevique de Sibérie de l’Amiral Kolchak. Cette fois c’est une migration de notables, hommes d’affaires, professions libérales et artistes qui va renforcer la communauté.

 

Les années 1920 sont l’âge d’or des juifs d’Harbin : il existe deux synagogues, deux écoles, une bibliothèque, une banque juive, un journal « Siberia Palestine weekly »,  un hôpital, des institutions de charité.

Comparés aux Russes les Juifs semblent plus aisés : ils occupent les premières places dans l’industrie et le commerce. La vie culturelle est brillante.

Soulignons que la communauté juive a été très marquée par l’influence du mouvement sioniste à travers ses organisations féminines ou de jeunesse (Maccabes, Betar) dont les membres franchissent parfois le pas du retour vers la terre promise. Les années 1920-1930 sont aussi l’apogée de ce mouvement encourageant l’immigration en Palestine et soutenant la création d’un Etat juif (envoi de fonds, signature de pétitions).

 

En 1932, la Mandchourie passe sous contrôle japonais, ceux-ci édictent des règles strictes visant à chasser l’influence russe et à coloniser économiquement la région : toutes les entreprises doivent dorénavant compter un japonais comme actionnaire majoritaire.

Le premier contact avec les nouveaux occupants est assez rude, les soldats en garnison sur Harbin ne se gênent pas pour rançonner et piller : leur spécialité étant de faire enlever des riches personnes puis de demander une rançon. Devant cette situation troublée un grand nombre de juifs déménagent vers le sud en territoire chinois (Tianjin, Shanghai, Tsingdao).

 

Ceux qui restent s’organisent pour faire face aux nouveaux maitres qui vont radicalement changer de politique.

Les japonais n’étant pas véritablement  antisémites par idéologie (20  000 juifs dont un bon nombre d’allemands vont passer la guerre à Kobe et Shanghai sans être trop inquiétés) ils vont tenter de se baser sur la communauté juive pour développer la Mandchourie.

A la suite d’un article remarqué du fondateur de Nissan Ayukawa Gisuke « un plan pour attirer 5 000 juifs en Mandchourie » le pouvoir impérial envoyât à Harbin un colonel à l’esprit ouvert et acquis à l’idée de développer la Mandchourie avec l’aide des juifs. Une excellente entente régnait donc à la veille de la seconde guerre mondiale entre Japonais, allies des Nazis et Juifs d’Harbin…

Au point qu’en 1937, 1938 et 1939 furent organisées les  « conférences des juifs du grand est » en présence de représentants nippons durant lesquelles la communauté juive s’engageait a coopérer avec le Japon pour « instaurer un ordre nouveau en Asie » !!!

Durant toute la seconde guerre mondiale, hormis la fermeture des journaux sionistes sous les pressions répétés des Allemands auprès de leurs alliés Japonais, la communauté juive ne subit pas de persécutions particulières.

 

Les choses changèrent en 1945 lorsque l’armée Rouge libéra et occupa la ville (ce qui a laisse aujourd’hui encore un douloureux souvenir aux habitants du fait du comportement de la soldatesque soviétique).

Les russes arrêtent les leaders de la communauté juive et rapatrient de force, déportent et liquident  un grand nombre de Russes (anciens combattants des armées Blanches) dont un bon nombre de juifs. Les activités de la communauté deviennent illégales. L’exode vers Israël s’accélère.

 

En 1946, les Soviétiques rentent Harbin aux autorités chinoises de l’armée populaire de libération. L’exode vers Israël s’accélère.

Je n’ai pas beaucoup d’informations sur ce qui s’est passé une fois que la ville a été rendue aux chinois. Quelle a été la politique officielle du régime vis a vis de cette minorité étrangère avec une organisation interne forte et spécifique ? Quelle a été la position des chinois vis a vis de l’immigration vers Israël ?

Je n’ai pas trouvé de réponse pour le moment mais ce qui est sur c’est que la majorité des juifs émigrèrent en Israël  durant les années 1950-1960 même si un noyau subsista. La communauté continua à conduire des activités officielles (bibliothèque, synagogue) jusqu’en 1962. Et quelques juifs vécurent sur Harbin jusqu’à la fin des années 1980 comme en témoigne les tombes du cimetière juif de Huang Shan en banlieue.

 

Juste un mot de ce cimetière qui regroupe trois différentes sections : les juifs, les chinois et les orthodoxes.

L'entrée du carré juif, cimetière de huang shan

Je suis tombé sur la tombe d’un certain Olmert, et après vérification il s’agit du grand père d’Ehud Olmert, ancien premier ministre Israélien… Lors d’une visite officielle en 2004, il vint se recueillir sur la tombe de son grand-père et expliqua le parcours familial qui semble exemplaire : son père, leader du mouvement sioniste Betar, quitta Harbin en 1933 (un an après l’arrive des Japonais) pour Israël.  Sur son lit de mort, il aurait prononcé ses dernières paroles en…chinois !

La tombe du grand père d'Ehud Olmert

On apprend beaucoup de choses dans un cimetière : il semble y avoir eut un certain nombre de mariages mixtes être russes et Chinois après la seconde Guerre Mondiale (forcés?) et il resterait encore aujourd’hui un certain nombre d’habitants d’Harbin, ethniquement russes mais avec la nationalité chinoise, sans doute plus très jeunes je vous l’accorde.

Carré orthodoxe, couple mixte Chino-Russe

 





A la recherche du vieil Harbin

6 02 2011

Comme vous le savez, Harbin est une ville neuve construite voila un siècle sur un ancien lieu de pêche Mandchou, par des Russes fuyant les pogroms et les bolcheviques, la ville a ensuite subie les influence des Japonais avant de réintégrer l’histoire chinoise.

Je n’avais pas encore vue les traces de ce passe, a part les deux églises Orthodoxes jusqu’à ce que j’atterrisse un peu par hasard dans le quartier populaire le plus a l’ouest de la ville. Les photos:

Le Baroque Chinois

Vu de la cour

 

Verrière

Magnifique! Les immeubles ont près de 90 ans en moyenne, ce qui est un record pour le parc immobilier Chinois mais ils commencent un peu à vieillir et n’ayant pas le confort de base, les propriétaires ont depuis longtemps désertés les lieux se contentant de louer à de moins riches. Ainsi près de 30 personnes habitent dans une même cour.

Les autorités municipales rénovent mais à la chinoise: on vire les habitants, on détruit et on reconstruit à l’identique mais en neuf et les habitants en moins. C’est tellement plus rentable de faire une rue piétonne avec des commerces et puis de toutes façons les anciens locataires ne sont que difficilement solvables. On se retrouve donc avec des quartiers qui ressemblent à des décors de cinéma, rien à l’intérieur des habitations, personne dans la rue, pas de vie : une ville fantôme. Un quartier de plus qui disparait, en même temps qu’une petite partie de l’héritage culturel chinois.

Chantier de reconstruction, bientôt une rue commercial en faux 1920...








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